Fiche de lecture « Le Meilleur des Mondes » d’Aldous Huxley

  • Titre : Le Meilleur des Mondes 

  • Titre original : Brave New World
  • Auteur: Aldous Huxley
  • Date de la première impression : 1932
  • Éditeur : Pocket
  • Date d’édition: 2002
  • Collection : Science-Fiction, Fantasy
  • Nombres de Pages : 284
  • Langue: Français (traduit de l’Anglais)
Introduction :

Aldous Huxley est un auteur qui représente parfaitement cette dichotomie entre les sciences et l’humanisme pendant la période d’entre deux-guerres, surtout avec la montée du totalitarisme et l’avancée scientifique à cette période. Le livre reflète les problèmes des temps modernes comme la surconsommation, le capitalisme, la montée des dictatures etc…

L’auteur :

Aldous Leonard Huxley est un romancier et essayiste britannique (1894 – 1963) , bien qu’il écrivit un bon nombre d’ouvrages, il est particulièrement connu pour son roman « Le Meilleur des Mondes« . Il fait partit d’une famille d’intellectuelle : il est le fils de Leonard Huxley, écrivain et herboriste, et petit-fils de Thomas Henry Huxley, un important naturaliste du XIXème siècle connu pour ses théories de l’évolution. Aldous Huxley critique les usages, les normes et les idéaux de la société, et pointe les dangers des avancés scientifiques, représenté dans le roman « Le meilleur des mondes ». En 1937, il partit s’installer aux Etats-Unis (en Californie) du   et s’intéressa au spiritualisme et aux  mouvements mystiques (notamment du à la consommation de drogues hallucinogènes comme le LSD) , il fut aussi l’un des pionnier  du mouvement « New Age ». Il mourut à 69 ans, le même jour de l’assassinat de John Kennedy.

Résumé du roman:

L’histoire se situe à Londres, six siècles après notre ère. Le monde est sous  domination d’un Etat mondial où vivent les personnes civilisées. La société est divisé en cinq castes désignées par des lettres de l’alphabet grec : les alphas, les betas, les gammas, les deltas et les epsilons, les alphas étant la caste supérieure avec les betas.

Catégories des hommes dans Le meilleur des Mondes. (Source : qbark sur http://qbark.deviantart.com/art/Brave-New-World-Social-Classes-293185216)

La société est entièrement régulée : de la fécondation (fécondation et gestation en laboratoire, la reproduction vivipare ayant totalement disparue) jusqu’à la mort grâce au conditionnement effectué dès la naissance. L’Histoire, l’art, la littérature (etc.) sont bannis de cette société, ainsi que la notion de famille, de mariage qui sont des sujets tabous. Le Soma, une drogue sans vraiment de danger pour l’homme, est distribué à chaque personne en échange de leur travail pour qu’ils se sentent(lorsqu’ils sont contrariés par exemple) et se retrouvent dans un état second.

Bernard Marx, un alpha plus (la caste sociale la plus haute de la société) de petite taille pour la norme travaillant au centre de psychologie et aimant les choses  , demande a Lenina Crowne, une beta travaillant au Centre d’Incubation et de Conditionnement, de l’accompagner dans une réserve de Sauvage (les exclus de la civilisation) au Mexique chez les Malpais. Pendant la visite de cette réserve où ils découvrent leurs coutumes violentes (pour faire tomber la pluie), il vont faire la connaissance de John et de sa mère Linda qui mène une vie à part, Linda étant à l’époque une Beta qui s’était perdue 20 ans en arrière attendant un enfant du DIC. Sur autorisation de sa « Forderie » pour une expérience (et aussi  dans l’intention de se venger du DIC) , Bernard et Lenina les amènent dans la civilisation à Londres. C’est un choc culturel pour John qui n’a jamais connu la civilisation. Lorsque Bernard revient au Centre d’Incubation, il révèle publiquement que John est le fils du Directeur, celui est contraint de démissionner.

Suite à cet épisode, Bernard connait une période de grâce où il obtient tout ce qu’il veut en échange de voir le Sauvage pendant l’un de ses soirées. Mais lors d’une soirée où l’Archi-chantre de Canterburry est présent, John refuse de se montrer horrifié par la vie menée dans la civilisation et l’attitude « de catin » qu’à Lenina envers lui ainsi que ses sentiments pour elle. L’Archi-Chantre, outré par le refus, le fit savoir publiquement, ce qui fit tomber Bernard de son petit nuage.

Suite à la mort de Linda, John énervé par l’attitude et le manque de compassion des personnes qui sont conditionnées à la mort, devient violent et se bat contre les Deltas pour éviter qu’ils prennent cette drogue qui a tué sa mère. John, Bernard et Helmohltz (ami de Bernard qui a sympathisé avec John) sont convoqués chez Mustapha Menier, Administrateur mondial.  Après une longue discussion, Bernard et Helmohltz seront envoyés sur une île où ils pourront s’épanouir au vu de leur conditionnement qui ne sont pas parfait et ne pourront jamais s’intégrer dans la société civilisée. John est gardé à Londres mais il s’enfuit dans un phare pour s’échapper à cette vie qui ne lui convient pas. Mais à cause de sa violence contre lui même du à ses sentiments pour Lenina, il attire les foules. Lenina se joint au curieux et John l’attaque comme une bête sauvage. Le lendemain il est retrouvé pendu à l’intérieur du phare, horrifié de ses agissements.

Les thèmes abordés:
  • le Totalitarisme : le livre à été écrit en période d’entre deux-guerres, et pendant cette période, il y avait la montée du totalitarisme et des dictatures. La société s’organise autour d’un seul Etat-mondial, avec juste un Administrateur qui fait les lois, et décide de ce qui est dangereux pour la société, où tout est limité même la science, avec une propagande de l’organisation de la société et le bonheur qu’elle procure.
  • l’humanisme : le livre montre clairement l’anti-humanisme en classifiant la société en plusieurs castes selon leur physique et de leur capacité intellectuelle. Une critique de la société actuelle où le pouvoir se base sur le charisme et la perfection
  • Utopie/dystopie : le modèle social présenté dans le Meilleur des Mondes est un modèle de stabilité social tournant autour du bonheur des personnes, cependant tout lecteur lisant le livre serait totalement contre vivre dans une organisation de la société pareil à cela, où l’art, les livres, la religion, la notion de famille et les sentiments amoureux n’existent plus où tout serait contrôlé et conditionnée jusqu’à notre mort, où tout serait uniforme. Ainsi que la société où vit le Sauvage John, chez les indiens, où la religion, la famille, les sentiments amoureux, le mariage etc. existent, avec une certaine stabilité sociale cependant dès que une personne est différente au sein de cette société, celle ci est rejeté, comme John au sein de la réserve (car il est blanc et qu’il est cultivé faisant souvent référence à Shakespeare) ou Bernard au sein de la ville de Londres civilisée. (car c’est un alpha plus petit que la taille normale). Le lecteur ne veut en aucun cas se représenter dans l’une des deux sociétés représentant chacun un extrême.
  • La science : la société du Meilleur des Mondes est asservie par la science, les enfants sont « créés » en laboratoire, les personnes dépendent tout simplement de la technologie et se divertissent grâce aux avancées scientifiques (le soma par exemple, drogue sans danger pour le corps, le cinéma sentant etc.)
  • le rapport des genres :ce rapport est un thème récurrent dans le roman d’Huxley, le rapport entre les hommes et les femmes est basé seulement sur le plan sexuel, la notion de famille détruite par les bébés éprouvettes. Les femmes et les hommes sont sur un pied d’égalité.
  • la surconsommation et capitalisme: les personnes de la ville de Londres n’arrêtent pas de consommer pour le bien de l’économie, depuis l’époque d’Henry Ford et sa production de masse, les personnes ne doivent pas garder de choses vieilles ou abîmées et doivent les remplacer absolument en n’en rachetant. Le roman critique la société moderne actuelle avec la consommation de masse et le système capitaliste (une critique ouverte sur les Etats-Unis principalement)
appréciations :

Le roman est clairement une critique contre la montée des dictatures et met en garde sur le futur funeste si la société continue sur cette voie.  Le Meilleur des Mondes montre clairement aussi une critique envers le capitalisme et les personnes aux pouvoirs représentés par des bourgeois emplit de charisme. Le livre critique aussi les contraintes sociales qui pèsent sur les personnes et qui doivent s’y plier inconsciemment.

Malgré les critiques du Meilleur des Mondes, et la manière parfois excessive dont le roman est présenté, cela a ouvert les discussions et les réflexions

parallèle entre le film et le livre

Les deux œuvres se suivent plus ou moins pour la première partie: Présentation de la civilisation, des usages et des normes instaurées. Cependant a partir de la seconde partie avec l’arrivée de John le Sauvage, les deux œuvres suivent presque leur propre histoire. Bernard a une histoire d’amour avec Lenina, ce qui est complètement l’opposé dans le livre, Lenina reste fidèle finalement a son conditionnement de base ne comprenant dans aucun cas les sentiments singuliers de Bernard, ni les pratiques du sauvage par lequel elle est attiré.

La fin des deux œuvres littéraire et cinématographique se finissent d’une façon totalement différente, dans le livre Huxley ne donne aucune solution à ces deux sociétés dystopiques: John, coincé entre ces deux sociétés, s’enfuit et s’isole. Il devient complètement fou du à ce désenchantement de cette société civilisée qu’il cru magnifique et pleine de merveille et qui s’avère n’être qu’une illusion, et au final se suicide. Même Lenina qui doute à certains points sur la société (grâce à John) dans lequel elle vit et son point de vue sur Bernard, au final elle reste fidèle à son conditionnement, ne comprenant dans aucun cas les sentiments singuliers de Bernard, ni les pratiques du sauvage par lequel elle est attiré. Dans le film cependant, l’histoire se finit « bien » et donne un semblant de solution au problème. Lenina et Bernard, ressentant de l’amour l’un pour l’autre, s’isolent dans une partie du monde, en compagnie de leur enfant (eu de façon naturelle) échappant à cette société où l’amour et la famille sont des notions qui n’existent pas. On a un film hollywoodien pure produit des industries culturelle avec une fin un peu moralisateur qui essaye de proposer une solution, mais qui est assez insatisfaisante.

Fiche de Lecture sur le Texte d’Adorno

Titre : Essai : Aldous Huxley et l’utopie

  • Titre du recueil: Prisme, Critique de la Culture et la Société
  • Auteur : Theodor W. Adorno
  • Editeur : Payot
  • Date de parution : 1986
  • Nombre de pages : 306 pages (essai « Aldous Huxley et l’utopie » 20 pages  p.80-101)

Auteur :

Theodor W. Adorno (1903 – 1969) est un philosophe, sociologue, compositeur et un musicologue allemand. Il est l’un des représentant de l’école de Francfort (philosophie) et de la seconde école de Vienne ainsi que théoricien de la Nouvelle Musique.

le texte sur Adorno et l’Utopie:

il faut remarquer tout d’abord que le texte d’Adorno sur l’utopie est écrit après la Seconde Guerre Mondiale et qu’il y a eu de gros changements de la société. Les personnes du XIXème siècle ne connaissent pas le même mode de vie que ceux du XXème siècle, en particulier à cause de la Mondialisation avec une production de masse et la surconsommation.

C’est un essai écrit en hommage à Aldous Huxley et sa vision critique du monde moderne, en tournant cette société moderne en une dystopie critiquant ouvertement les transformations du monde notamment du à la guerre (sachant que le Meilleur des Mondes fut écrit en 1932). Adorno remarque en effet que certaines critiques de la société faites dans le roman se confirment plus de 25 ans plus tard, que aujourd’hui les personnes vivent dans une « civilisation de masse triomphante » et que la conscience standardisée des individus est adaptée à l’industrie de la communication.

On se rend compte dans la première partie qu’Adorno flatte Huxley sur l’écriture du roman Le Meilleur des Monde, que ce roman est la rationalisation des changements profonds de la société moderne d’après-guerre, de confronter deux mondes. Il « félicite »  Huxley pour sa vision d’une société technique où les individus sont asservies par la science et la technique, « le culte de l’instrument » où Dieu est remplacé par Ford et la production de masse est le moteur de la société, même les bébés dans le Meilleur des Mondes sont des produits fabriquer en chaîne, conditionnés selon les castes sociales et lobotomisé par une vision de la vie dictée par « sa Forderie » qui représente l’acceptation et l’intériorisation des contraintes sociales de la société moderne ainsi que les bourgeois dominant le monde (caste des alphas). Cela représente aussi pour Adorno, que l’individu n’est plus et que celui ci est tout à fait remplaçable montrer aussi par la procrastination sexuelle dans le roman où tout le monde appartient à tout le monde . Cela montrer une critique sur l’américanisation de la société moderne où la consommation et le capitalisme sont les mots d’ordre pour faire fonctionner la société moderne (on peut citer comme exemple Lenina, personnage type de la femme professionnelle qui a tout ce qu’il veut et qui possède des dizaines de partenaires sexuels principalement des alphas comme Henry Foster …).

Mais il explicite et pointe les différences ou les paradoxes dans le roman d’Huxley :

Le personnage de John le Sauvage dans le roman: le protagoniste est désenchanté par le monde moderne, et l’éclat de colère contre celle dont il est amoureux (Lenina Crowne) lorsqu’elle se déshabille devant lui n’est pas une protestation contre cette société qu’il déteste, mais peut être interprété comme une agression d’un névrotique et que « Freud, si maltraité par Huxley, pourrait facilement démontrer que la motivation de la pureté obstinée est une homosexualité refoulée. » Au final, John n’est plus le reflet du lecteur et cet être unique sur lequel le lecteur pouvait compter mais, qu’en fin de compte il ne vaut pas mieux que les personnes civilisés qu’il a fuit. L’humanité prôné par Huxley (via le personnage de John) n’est finalement qu’un cynisme.

La réaction de Lenina face au refus et à la violence de John: la réaction du personnage est excessive, elle en est très affecté. Normalement dans une société où le but recherché en permanence est le bonheur en continue, le personnage de Lenina devrait être normalement complètement « abrutie » (surtout que dans le roman elle se drogue au Soma avant d’aller se confesser), et que si elle essuie un refus elle ne devrait pas le prendre en compte. C’est tout le contraire dans le roman, ce qui prouve qu’elle manque de confiance en soi et montre une contradiction dans son bonheur.

Cependant dans la deuxième partie de l’essai, Adorno propose sa vision utopique de la société en mettant en avant une utopie artistique comme liberté. Il ne se limite pas à la vision d’Huxley sur ce « camp de concentration qui se prend pour le paradis » et sa vision dystopique (en supprimant les arts et la culture dans la société civilisée), ne proposant qu’une utopie où la subjectivité n’existe pas et où la liberté n’est qu’une illusion. Adorno propose de mettre en avant l’art pour protester contre la domination des institutions, une société libre de toute domination, basé sur l’art et la culture, en mettant un nouveau cadre de pensé en place : les industries culturelles et une critique de la culture.

Pour conclure, Adorno regrette l’absence de réflexion sur  » l’idée d’une praxis qui ferait éclater la maudite continuité » mais à travers le roman d’Huxley, il critique une nouvelle fois les dangers du capitalisme et le déclin de la culture dans la société moderne qui pourrait mener à une catastrophe utopique communiste basé sur une culture pseudo-populaire.